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	<title>Le kaléidoscope des relations internationales</title>
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		<title>Janvier-février 1906 : War in Sight?</title>
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		<pubDate>Sun, 28 Apr 2013 13:20:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>pascalvenier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

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		<description><![CDATA[Janvier-février 1906 : War in sight? Une singulière particularité de l’historiographie anglophone relative à la première crise marocaine, est bien l’accent mis sur la période précédant immédiatement la conférence d’Algeciras, comme si celle-ci correspondait à la phase d’intensité maximum de la première crise marocaine. Ainsi, Keith Wilson va jusqu’à écrire que « les trois premiers mois de [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Janvier-février 1906 : <em>War in sight</em>? </strong></p>
<p>Une singulière particularité de l’historiographie anglophone relative à la première crise marocaine, est bien l’accent mis sur la période précédant immédiatement la conférence d’Algeciras, comme si celle-ci correspondait à la phase d’intensité maximum de la première crise marocaine. Ainsi, Keith Wilson va jusqu’à écrire que « les trois premiers mois de l’année 1906 virent la première de quatre crises pendant lesquelles la guerre, entre la Grande-Bretagne et la France d’un côté, et l’Allemagne de l’autre, étaient on ne peut plus clairement en vue. » Il utilise ici l’expression de “war in sight”, faisant ainsi allusion à la crise franco-allemande de 1875. <sup>[<a href="#janvier-fevrier-1906-war-in-sight-n-1" class="footnoted" id="to-janvier-fevrier-1906-war-in-sight-n-1">1</a>]</sup>  Une telle interprétation semble toutefois problématique. La correspondance de Sir Edward Grey, qui venait de prendre la tête du Foreign Office dans le nouveau cabinet libéral, montre en effet, sans équivoque possible combien il restait serein. Il écrivait ainsi le 8 janvier 1906 à son ami Haldane, ministre de la guerre :</p>
<blockquote><p>&#8220;Persistant reports and little indications keep reaching me that Germany means to attack France in the spring. I don&#8217;t think these are more than precautions and flourishes which Germany would naturally make à propos the Morocco Conference. But they are not altogether to be disregarded <sup>[<a href="#janvier-fevrier-1906-war-in-sight-n-2" class="footnoted" id="to-janvier-fevrier-1906-war-in-sight-n-2">2</a>]</sup>.&#8221;
</p></blockquote>
<p>Dans une lettre au premier lord de l’amirauté, Tweedmouth, le 16 janvier, il relevait que</p>
<blockquote><p>« Meanwhile the mood of the German Emperor is said to be pacific : the tone of German diplomacy is quiet and not aggressive.<sup>[<a href="#janvier-fevrier-1906-war-in-sight-n-3" class="footnoted" id="to-janvier-fevrier-1906-war-in-sight-n-3">3</a>]</sup> »
</p></blockquote>
<p>Par ailleurs, Grey insistait sur la nécessité de rester prudent et d’éviter de prendre des mesures pouvant résulter dans une une escalade.</p>
<blockquote><p>« Any movement of our ships which could be interpreted as a threat to Germany would be very undesirable at this moment and most unfortunate so long as there is a prospect or even a chance that things will go smoothly at the Morocco Conference, which meet to-day. I hope therefore that the admiralty won’t plan any special cruise or visit to Foreign ports or unusual movements of squadrons whithout consulting the F[oreign] O[ffice] as to the possible effect. | I assume that the present disposition of the Fleet is satisfactory as regard possibilities between Germany and France ; if so the quieter we keep for the present the better <sup>[<a href="#janvier-fevrier-1906-war-in-sight-n-4" class="footnoted" id="to-janvier-fevrier-1906-war-in-sight-n-4">4</a>]</sup>. »
</p></blockquote>
<p>Si le climat à la veille de l’ouverture de la conférence d’Algeciras restait beaucoup plus serein que ne le représente généralement les historiens britanniques, il n’en reste pas moins que le gouvernement français tenait à s’assurer de la solidité de l’appui qu’il pouvait espérer du Royaume-Uni, si la conférence se trouvait être la cause d’une soudaine crise franco-allemande. Comme devait plus tard l’écrire Sir Edward Grey dans ses mémoires « Il était inévitable que les Français posent la question ; il était impossible pour nous d’y apporter une réponse <sup>[<a href="#janvier-fevrier-1906-war-in-sight-n-5" class="footnoted" id="to-janvier-fevrier-1906-war-in-sight-n-5">5</a>]</sup>. » </p>

<ol class="footnotes">
	<li class="footnote" id="janvier-fevrier-1906-war-in-sight-n-1"><strong><sup>[1]</sup></strong> Keith Wilson, <em>The limits of Eurocentricity</em>, p. 141.  <a class="note-return" href="#to-janvier-fevrier-1906-war-in-sight-n-1">&#x21A9;</a></li>
	<li class="footnote" id="janvier-fevrier-1906-war-in-sight-n-2"><strong><sup>[2]</sup></strong> Trevelyan, 1937, 137 <a class="note-return" href="#to-janvier-fevrier-1906-war-in-sight-n-2">&#x21A9;</a></li>
	<li class="footnote" id="janvier-fevrier-1906-war-in-sight-n-3"><strong><sup>[3]</sup></strong> Grey à Tweedmouth, 16 janvier 1906, B.D., III, 203. <a class="note-return" href="#to-janvier-fevrier-1906-war-in-sight-n-3">&#x21A9;</a></li>
	<li class="footnote" id="janvier-fevrier-1906-war-in-sight-n-4"><strong><sup>[4]</sup></strong> Grey à Tweedmouth, 16 janvier 1906, B.D., III, 203 <a class="note-return" href="#to-janvier-fevrier-1906-war-in-sight-n-4">&#x21A9;</a></li>
	<li class="footnote" id="janvier-fevrier-1906-war-in-sight-n-5"><strong><sup>[5]</sup></strong> Sir Edward Grey, Twenty-Five Years, I, p. 74 <a class="note-return" href="#to-janvier-fevrier-1906-war-in-sight-n-5">&#x21A9;</a></li></ol>
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		<title>La pensée géopolitique de Sir Halford Mackinder: Conclusion</title>
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		<pubDate>Sun, 16 Sep 2012 10:35:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pascal Venier</dc:creator>
				<category><![CDATA[geopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[géostratégie]]></category>
		<category><![CDATA[La Pensée géopolitique de Mackinder]]></category>
		<category><![CDATA[Mackinder]]></category>
		<category><![CDATA[Notes de recherche]]></category>

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		<description><![CDATA[Cet billet fait partie d&#8217;une série sur La pensée géopolitique de Sir Halford Mackinder La pensée géopolitique de Mackinder est très fréquemment résumée en une formule, celle de la théorie du Heartland (Sloan, 1999, 15). S’il est de fait que le Heartland occupe une place très importante dans ses travaux, comme nous venons de le [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Cet billet fait partie d&#8217;une série sur <a href="http://www.pascalvenier.com/recherche/?p=357">La pensée géopolitique de Sir Halford Mackinder</a></p></blockquote>
<p>La pensée géopolitique de Mackinder est très fréquemment résumée en une formule, celle de la théorie du Heartland (Sloan, 1999, 15). S’il est de fait que le Heartland occupe une place très importante dans ses travaux, comme nous venons de le voir, parler d’une théorie du Heartland pose problème. Il semble utile de revenir au terme de cette étude sur ce que Mackinder entendait par Heartland, et comment Mackinder passait de l’hypothèse de travail de 1904, à la thèse du <i>Heartland</i> de 1919, réaffirmée en 1943. Le géographe britannique identifiait, dans « The Geographical Pivot of History », une région correspondant à la zone de drainage continental et arctique de l’Euro-Asie, qu’il considérait être la « <i>région pivot</i> ». Dans cet article, il utilisait toute une série d’autres expressions comme synonymes, à savoir: « heart of Asia (Coeur de l’Asie)</i> », « Euro-Asie</i> », mais aussi « heart-land</i> », cette dernière expression étant utilisée sans majuscule et avec une trait d&#8217;union à deux reprises (Mackinder, 1904, 431 et 436). Il prêtait à cette région des caractéristiques particulières et se risquait à formuler non pas une thèse, mais une « <i>hypothèse de travail</i> » particulièrement iconoclaste qui était que cette région ne constituait rien de moins que le « <i>pivot géographique de l’histoire</i> », et était plus que jamais la « <i>région pivot de la politique mondiale</i> ». Il considérait que désormais les chemins de fer transcontinentaux étaient en train de « <i>transmuter les conditions de la puissance terrestre</i> »(Mackinder, 1904, 434).</p>
<p>En 1919, Mackinder continuait de s’intéresser à la zone de drainage continental et arctique qu’il avait identifiée en 1904, mais qu&#8217;il désignait désormais par le terme de <i>Heartland</i>, sans trait d&#8217;union. Il définissait un Heartland géographique dont les limites correspondaient pour l’essentiel à celles de la région pivot de 1904. Il considérait toutefois que les nouvelles conditions de la conduite de la guerre faisaient qu&#8217;il fallait également adjoindre la Baltique et la Mer noire au <i>Heartland</i> géographique, la puissance continentale ayant désormais les moyens de fermer les deux mers en question. Ainsi le <i>Heartland</i> géographique et l&#8217;Europe de l&#8217;Est formaient le « <i>Heartland </i>stratégique. Fait absolument capital, et qui pourtant on ne peut plus paradoxalement passé sous silence dans la littérature consacrée à Mackinder, celui-ci abandonnait totalement la formule du « pivot géographique de l&#8217;histoire ». Le mot pivot étant d&#8217;ailleurs complètement absent du texte de <i>Democratic Ideals and Reality</i>. Si, en 1904, il s’était contenté de formuler une hypothèse de travail, il allait beaucoup plus loin en 1919, puisqu’il avançait une véritable thèse, à savoir que : « <i>Qui domine l’Europe de l’Est maîtrise le Heartland. Qui domine le Heartland maîtrise l’Île mondiale. Qui domine l’Île mondiale maîtrise le Monde</i> » (Mackinder, 1919, 194). Dans son aggiornamento de 1943, Mackinder réaffirmait la pertinence du Heartland comme concept stratégique.</p>
<p>Si le <i>Heartland</i> occupe une place capitale dans la trilogie géopolitique de Mackinder, il convient toutefois de ne pas pas perdre de vue le fait que l’enjeu capital dans la lutte entre puissance continentale et puissance maritime est l’espace de la périphérie de l’Europe et de l’Asie. C’est cet espace que Mackinder désigne en utilisant les termes de « <i>régions marginales, rangées en un vaste croissant, accessibles aux marins</i> » et de « <i>terres périphériques de l’Euro-Asie</i> » (Mackinder, 1904, 431). Le politologue Nicholas Spykman, un des meilleurs interprète de la pensée de Mackinder, a fort bien mis en exergue l’importance de cette zone dans <i>The Geography of the Peace</i> (1944), en la désignant sous le terme de <i>Rimland</i> (Spykman, 1944). S’il est parfois critiqué pour cela, il semble non pas trahir la pensée de Mackinder, mais bel et bien abonder dans le même sens. Si Mackinder n&#8217;utilisait bien sûr pas ce terme <i>Rimland</i> dans aucun de ses trois grands classiques, il est pourtant possible d’établir qu’il utilisait bel et bien le terme « <i>Rim</i> » (ceinture ou bordure), pour désigner ces régions, dans son cours sur l&#8217;Histoire et la Géographie de la politique internationale, dispensé pour l’Oxford University Extension en 1888 (Mackinder, 1888). Il convient de ne pas perdre de vue que si Mackinder met l&#8217;accent sur la menace potentielle de la puissance continentale, son point de vue reste celui d&#8217;un représentant d&#8217;une grande puissance maritime. Dans une large mesure, il s&#8217;agit bien pour lui de faire réaliser le risque que pouvait représenter la puissance continentale afin de faire réaliser à la puissance maritime la nécessité impérieuse de s&#8217;adapter. De la dialectique entre puissance continentale et puissance maritime émerge la nécessité pour cette dernière de devenir une puissance amphibie.</p>
<p>Une clé qui permet de comprendre le raisonnement de Mackinder est l&#8217;idée de pression stimulante, qu&#8217;il développe dans son article de 1904, dans lequel il montre comment la « <i>nécessité commune d’une résistance commune à la force extérieure</i> » joue un rôle fondamental dans le processus de formation des nations et des civilisations. Se plaçant du point de vue de la puissance maritime, il met l’accent sur la menace que pose désormais la puissance continentale contre les intérêts de celle-ci, qui doit s’adapter pour survivre, en devenant capable de projeter de la puissance sur  les marges de l’Euro-Asie. La « <i>région-pivot</i> » ou « <i>heart-land</i> » de 1904, le « <i>Heartland</i> » de 1919 et 1943, sont en quelque sorte le mythe contre lequel qui, l&#8217;unité impériale de la période édouardienne, qui, la League des Nations au lendemain de la Grande Guerre, qui l&#8217;Alliance Atlantique ou les Nations Unies à la fin de la Seconde Guerre mondiale doivent se constituer. Loin d&#8217;être un apôtre de la puissance continentale, qu&#8217;il conviendrait d&#8217;opposer à l&#8217;amiral Mahan, apôtre de la puissance maritime, Mackinder se veut l&#8217;apôtre de la puissance amphibie. Afin de préserver la balance de la puissance à laquelle il était profondément attaché, Mackinder considère que la priorité absolue pour la puissance maritime doit être de s&#8217;adapter au défi de la puissance continentale en la contenant et lui empêchant de parvenir à une hégémonie en Europe et en Asie qui lui permettrait de développer une flotte qui en ferait à son tour la principale puissance maritime.</p>

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		<title>La Pensée géopolitique de Sir Halford Mackinder: introduction</title>
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		<pubDate>Fri, 14 Sep 2012 07:37:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pascal Venier</dc:creator>
				<category><![CDATA[geopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[géostratégie]]></category>
		<category><![CDATA[La Pensée géopolitique de Mackinder]]></category>
		<category><![CDATA[Mackinder]]></category>

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		<description><![CDATA[Cet billet fait partie d&#8217;une série sur La pensée géopolitique de Sir Halford J. Mackinder Mackinder est généralement considéré comme l’un, si ce n’est le père fondateur de la géopolitique (Parker, 1982; Blouet, 1986, 2005; Kearns, 2009; Sloan, 1999; Ó Tuathail, 1992). Son célèbre article « The Geographical Pivot of History » (1904) est souvent [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Cet billet fait partie d&#8217;une série sur <a href="http://www.pascalvenier.com/recherche/?p=357">La pensée géopolitique de Sir Halford J. Mackinder</a></p></blockquote>
<p>Mackinder est généralement considéré comme l’un, si ce n’est le père fondateur de la géopolitique (Parker, 1982; Blouet, 1986, 2005; Kearns, 2009; Sloan, 1999; Ó Tuathail, 1992). Son célèbre article « The Geographical Pivot of History » (1904) est souvent considéré comme un moment épistémologique, puisque qu’il était le premier à véritablement appréhender le système international dans sa globalité (Mackinder, 1904). Ce texte, ainsi que son ouvrage <i>Democratic Ideals and Reality</i> (1919) et « The Round World and the Winning of the Peace » (1943) sont trois des grands classiques du canon géopolitique (Mackinder, 1919; 1943). Ils ont inspiré toute une école, celle de la géopolitique classique, qui eut une grande influence sur la définition de la <i>Grande Stratégie</i> américaine tant pendant la Guerre froide, que depuis la fin de celle-ci (Spykman, 1944; Gray, 1977, 1988; Brzezinski, 1986, 1997).</p>
<p>Il est cependant important de souligner que Mackinder lui-même rejetait on ne peut plus énergiquement le terme de géopolitique à propos de ses travaux. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Mackinder consigna les réflexions que lui inspireraient les travaux du général et géopoliticien allemand Karl Haushofer, qui s’était d’ailleurs inspiré de travaux de Mackinder. À cette époque la <i>Geopolitik</i> allemande développée par Haushofer  faisaient l’objet d’un intérêt tout particulier, qui donna d’ailleurs naissance, aux États-Unis, à une école de <i>Geopolitics</i> et <i>Geostrategy</i>. Dans ce document inédit, conservé dans ses papiers personnels à la Bodleian Library à Oxford, Mackinder s’exprimait on ne peut plus clairement ses vues (Mackinder, n.d): « La Géopolitique est un mot nouveau qui nous vient d&#8217;Allemagne. Ce n&#8217;est pas une science mais une philosophie, car une science affirme des faits mais une philosophie évalue des valeurs. Il ne peut y avoir qu&#8217;une science de la Géographie mais il peut y avoir une géopolitique allemande, une géopolitique britannique, une géopolitique russe, qui varient en fonction du point de vue national, qui peuvent toutefois changer de temps à autre ». Mackinder exprimait d&#8217;autre part ses réserves à l’égard de ceux qui remettaient en question l’unité de la Géographie en tant que discipline: « Il y a une école de géographe qui déclare que la Géographie en tant que discipline n’existe pas, mais plutôt un certain nombre de disciplines « géo »: géophysique, géopolitique, et ainsi de suite. » Il se montrait également, à juste raison, particulièrement sévère vis-à-vis Haushofer qui selon lui avait « prostitué à l’extrême [son] enseignement qui était devenu propagande », soulignant cependant avec pertinence qu’« en cela il était dans la compagnie que tous les autres universitaires nazi ». Sa conclusion était que « la <i>Geopolitik</i> telle qu’interprétée par ces auteurs est tout juste une tentative de justifier l’esclavage du monde sous la domination nazi ». Si Mackinder rejetait la géopolitique allemande, et le terme même de géopolitique, il n’en reste pas moins que sa démarche correspond bien à ce que l’on appellerait aujourd’hui géopolitique ou géostratégie, et ses travaux pionniers sont revendiqués comme moment fondateur par les tenants contemporains de celles-ci.</p>
<p>Il semble aller de soi dans les travaux consacrés à la pensée géopolitique de Mackinder que celui-ci entend se faire l’apôtre de la puissance continentale. Le fait qu’un historien aussi distingué que l’Anglo-américain Paul Kennedy n’ait aucunement hésité à intituler un chapitre « Mahan contre Mackinder  » dans son grand classique <i>The Rise and Fall of British Naval Mastery</i> est à cet égard on ne peut plus symptomatique (Kennedy, 1976, 177-202.). D’ailleurs, la pensée géopolitique de Mackinder est le plus souvent résumée par une formule, celle de théorie du Heartland (Sloan, 1919, 15). Il semble généralement aller de soi que la trilogie de Mackinder énonce une telle théorie. Il est incontestable que la relecture des travaux de Mackinder par l&#8217;école de la géopolitique classique a abouti à l&#8217;énonciation d&#8217;une théorie du Heartland extrêmement bien structurée. La question se pose toutefois de savoir s’il est véritablement pertinent de parler d&#8217;une théorie du Heartland dans l&#8217;oeuvre de Mackinder. Il semble particulièrement étrange, à y bien réfléchir, que cette théorie du <i>Heartland</i>, qui a fait couler beaucoup d&#8217;encre et qui ne manque ni d&#8217;être glorifiée par les uns, ni d&#8217;être vilipendée par les autres, n&#8217;ait guère fait l&#8217;objet d&#8217;une critique véritablement systématique. En effet, comme nous le verrons, une telle formule ne manque pas d&#8217;être problématique, parce que le concept de <i>Heartland</i> s&#8217;est métamorphosé au fil du temps, tant en ce qui concerne ses limites que les propriétés qui lui sont attribuées. Aussi ne peut-on faire l&#8217;économie tout d’abord d’un travail de lecture, mais aussi d’un nécessaire travail d&#8217;exégèse. Nous nous proposons donc ici de revenir aux trois textes clés de Mackinder et de les soumettre à une analyse rigoureuse. Il s&#8217;agira dans ce chapitre de rappeler les grandes étapes de la carrière de Mackinder, d&#8217;analyser chacun des titres de sa trilogie géopolitique et finalement de revenir sur la façon dont le géographe britannique représentait la configuration mondiale en 1904, 1919 et 1943.</p>

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		<title>La configuration mondiale selon Mackinder: «Les sièges naturels de la puissance» (1904)</title>
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		<pubDate>Mon, 10 Sep 2012 19:26:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pascal Venier</dc:creator>
				<category><![CDATA[geopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[géostratégie]]></category>
		<category><![CDATA[La Pensée géopolitique de Mackinder]]></category>
		<category><![CDATA[Mackinder]]></category>
		<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

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		<description><![CDATA[Cet billet fait partie d&#8217;une série sur La pensée géopolitique de Sir Halford J. Mackinder En 1904, Mackinder conduisait une interprétation du système international basée sur son hypothèse de travail du pivot géographique de l’Histoire. Une carte des Sièges naturels de la puissance était proposée, non seulement à l’appui de l’argument qu’il développait, mais véritablement [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Cet billet fait partie d&#8217;une série sur <a href="http://www.pascalvenier.com/recherche/?p=357">La pensée géopolitique de Sir Halford J. Mackinder</a></p></blockquote>
<p>En 1904, Mackinder conduisait une interprétation du système international basée sur son hypothèse de travail du pivot géographique de l’Histoire. Une carte des <i>Sièges naturels de la puissance</i> était proposée, non seulement à l’appui de l’argument qu’il développait, mais véritablement comme une partie intégrale de celui-ci (Figure 1). </p>
<p><strong>Figure 1. Les Sièges naturels de la puissance</strong></p>
<p>(d&#8217;après H.J. Mackinder,  « The geographical pivot of history », p. 435.)</p>
<p>Une première réalité politique fondamentale pour Mackinder était la « <i>région pivot de la politique mondiale</i> », c’est-à-dire la « <i>vaste aire</i> [centrale] <i>de l’Euro-Asie qui est inaccessible aux navires, mais qui dans l’Antiquité se trouvait ouverte aux cavaliers nomades, et qui aujourd’hui est sur le point d’être couvert par un réseau de chemins de fer</i> » (Mackinder, 1904, 432 et 434). Il considérait que la Russie remplaçait l’Empire mongol, sa pression sur la Finlande, la Scandinavie, la Pologne , la Turquie, la Perse, l’Inde et la Chine rappelant les « <i>raides centrifuges des hommes de la steppe</i> ». Mackinder affirmait de plus que la Russie occupait, à l’échelle mondiale, la position stratégique centrale que tenait l’Allemagne en Europe : « <i>Elle</i> [la Russie] <i>peut lancer des attaques, mais aussi être attaquée, de tous les côtés, à part le Nord</i> » (Mackinder, 1904, 436). Cependant, grâce au développement rapide de son système ferroviaire, la Russie était en voie, selon lui, d’acquérir une mobilité qui lui permettrait à terme de s’étendre sur les marges de l’Euro-Asie et d’obtenir ainsi accès aux ressources nécessaires pour la construction d’une flotte. Le renversement de l’équilibre de la puissance qui en résulterait rendrait possible la réalité d’un « <i>empire du monde</i> », dans la mesure où la Russie choisirait de s’allier à l’Allemagne (Mackinder, 1904, 436-437). Toutefois, l’argument principal de Mackinder tournait autour de la notion d’état-pivot indépendamment des acteurs impliqués : « <i>Les combinaisons particulières de puissances entrant dans la balance importent peu; mon argument est que d’un point de vue géographique elles graviteront probablement autour de l’état-pivot, qui sera toujours vraisemblablement étendu, mais avec une mobilité limité, en comparaison des puissances périphériques et insulaires qui l’entourent</i> » (Mackinder, 1904, 436-437).</p>
<p><strong>Figure 1. Les Sièges naturels de la puissance </strong></p>
<p>(d&#8217;après H.J. Mackinder,  « The geographical pivot of history », p. 435.)
<p>Autour de la zone pivot, sur les marges de l’Euro-Asie, se trouvait une zone périphérique que Mackinder qualifiait de « <i>croissant intérieur ou marginal</i> » (Mackinder, 1904, 431). Ce croissant était composé de quatre régions distinctes : l’Europe, les pays de la mousson – Indes et Asie du Sud-Est, et ce qu’il appelle la « <i>terre des Cinq Mers</i> » ou encore  « <i>l’Orient le plus proche (Nearer East)</i> », en d&#8217;autre mots l&#8217;Asie du Sud-Ouest. Il soulignait que si celle-ci « <i>procède dans une certaine mesure à la fois des caractéristiques de la zone marginale et la zone centrale de l&#8217;Euro-Asie</i> [...] <i>propice aux opérations des nomades</i> [...] <i>c’est toutefois son caractère marginal qui prédomine, ses golfes maritimes, et ses fleuves se jetant dans l’Océan, l’exposant à la puissance maritime, et fournissent une base à celle-ci</i> » (Mackinder, 1904, 431). </p>
<p>Mackinder considérait qu’une seconde réalité fondamentale était « <i>l’Océan, unique et continu, entourant toutes les terres divisées et insulaires</i> ». C’était en effet, pour lui, la condition géographique qui permettait éventuellement la maîtrise des mers et sur laquelle reposait l’ensemble de la stratégie et des politiques navales de l’époque telles qu’énoncées par Mahan et Wilkinson (Mackinder, 1904, 431). Ainsi, la Grande-Bretagne, le Canada, les États-Unis, l’Afrique du Sud, l’Australie et le Japon formaient-ils un « <i>anneau de bases extérieures et insulaires pour la puissance maritime et le commerce, inaccessible à la puissance continentale de l’Euro-Asie</i> » (Mackinder, 1904, 436). Évoquant la balance de la puissance au moment où il écrivait, Mackinder notait qu’ « <i>à l’extérieur de la zone pivot, dans un grand croissant intérieur, se trouvent l’Allemagne, l’Autriche, la Turquie, l’Inde et la Chine et dans un croissant extérieur, la Grande-Bretagne, l’Afrique du Sud, l’Australie, les États-Unis, le Canada et le Japon</i> » (Mackinder, 1904, 432-3). Il allait reprendre cette idée de cercles concentriques pour représenter le centre et la périphérie et la pousser un peu plus loin dans ses écrits de 1919, mais en utilisant des concepts et des termes différents.</p>

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		<title>La configuration mondiale selon Mackinder: l’Île mondiale, divisée en six régions naturelles (1919)</title>
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		<pubDate>Sun, 09 Sep 2012 19:08:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pascal Venier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

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		<description><![CDATA[3. La configuration mondiale en 1919: L’île mondiale, divisée en six régions naturelles Dans son chapitre sur « le point de vue du terrien », Mackinder proposait une carte de l’Île mondiale, divisée en six régions naturelles, à savoir Terres des côtes européennes, Heartland, Sahara, Arabie, Heartland méridional, Terres des côtes de la mousson, mais [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>3. La configuration mondiale en 1919: L’île mondiale, divisée en six régions naturelles</strong></p>
<p>Dans son chapitre sur « <i>le point de vue du terrien</i> », Mackinder proposait une carte de l’Île mondiale, divisée en six régions naturelles, à savoir Terres des côtes européennes, <i>Heartland</i>, Sahara, Arabie, Heartland méridional, Terres des côtes de la mousson, mais aussi une représentation du <i>Heartland</i> (Mackinder, 1919, 100-101 et 135).</p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/pascalvenier/8056614385/" title="Mackinder. L’Île mondiale et ses six régions naturelles by Pascal Venier, on Flickr"><img src="http://farm9.staticflickr.com/8452/8056614385_55b4816ffd.jpg" width="500" height="440" alt="Mackinder. L’Île mondiale et ses six régions naturelles"></a></p>
<p><Strong>Figure 4. L’Île mondiale, divisée en six régions naturelles (1919)</strong></p>
<p>(H. J. Mackinder, Democratic Ideals and Reality, p. 100-101)</p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/pascalvenier/8056614327/" title="venier_fig_5 by Pascal Venier, on Flickr"><img src="http://farm9.staticflickr.com/8449/8056614327_c5ccbb835a.jpg" width="500" height="424" alt="venier_fig_5"></a></p>
<p>Figure 5. Le Heartland (1919)</strong></p>
<p>(H. J. Mackinder, Democratic Ideals and Reality, p. 135)</p>
<p>Si Mackinder n’avait utilisé le terme de <i>heart-land</i> qu’une seule fois en 1904, comme synonyme de « <i>région pivot</i> »,  il utilisait désormais le terme <i>Heartland</i>, en abandonnant le trait d’union. Ce concept était toutefois profondément transformé.  Mackinder faisait désormais une distinction entre deux conceptions du <i>Heartland</i>. Il décrivait ainsi tout d’abord « <i>le Heartland du Continent</i> » ou encore <i>Heartland</i> septentrional (<i>Northern Heartland</i>) , puis « <i>le Heartland défini stratégiquement</i> » (Mackinder, 1919, pp. 96 et 270). Sa caractéristique essentielle était d’être « <i>inaccessible à la navigation depuis l’Océan</i> », et il était défini en fonction de critères strictement géographique : « <i>Le Heartland, dans le sens de la région de drainage arctique et continental, comprend l’essentiel de la Grande plaîne et des Hautes-Terres iraniennes </i>» (Mackinder, 1919, 96 et 98). Mackinder considérait que « <i>son ouverture par les chemins de fer, car il était pratiquement dénué de routes auparavant, et par les routes aériennes dans le proche future, constitue une révolution dans les relations entre des hommes avec les principales réalités géographiques du Monde</i> » (Mackinder, 1919, 202). Aussi n’hésitait-il aucunement à affirmer que « <i>la Nature offre là tous les pré-requis à une éventuelle domination du monde</i> » et qu’ainsi « <i>le Heartland offre les bases d’un militarisme tout puissant</i> » (Mackinder, 1919, 221 et 212). A ce premier concept, se juxtaposait désormais un second, recoupant partiellement le premier, à savoir, « <i>le Heartland défini stratégiquement</i> » (Mackinder, 1919, 270) : « <i>Nous avons initialement défini le Heartland en fonction du drainage des rivières. Toutefois, l’histoire telle que nous venons d’en faire le réçit, ne montre-t-elle pas que pour ce qui concerne la pensée stratégique il devrait avoir une extension plus large. Si on se place du point de vue de la mobilité humaine, et des différents modes de mobilité, il est évident que puisque les puissances continentales peuvent aujourd’hui fermer la Mer noire, tout le bassin de cette mer doit être regardé comme faisant partie du Heartland</i> » (Mackinder, 1919, 141). Aussi Mackinder étendait-il les limites géographiques du <i>Heartland</i> pour y inclure l’Asie mineure, la péninsule balkanique, la Mer noire et la Mer baltique.</p>
<p>Une lecture attentive de <i>Democratic Ideals and Reality</i> révèle d’ailleurs, fait qui a échappé jusqu’à maintenant à tous les exégètes de l’oeuvre de Mackinder, qu’il n’est en fait nulle part question du caractère central de cette région dans la politique mondiale, que se soit explicitement ou bien même implicitement. Tout au contraire, Mackinder attribue-t-il un rôle de centralité à une autre région, à savoir ce qu’il appelle l’Arabie ou encore « <i>Arabian Centerland</i> » (Terre centrale arabe) (Mackinder, 1919, 99-100 et 270), terme par lequel Mackinder désigne un espace que nous désignerions de nos jours sous le nom de Moyen-Orient. Il convient de souligner que le terme de <i>Centreland</i> était jusqu’à présent complètement passé inaperçu dans les écrits consacrés à Mackinder, car l’auteur l’employait non pas dans le corps du texte lui-même, mais dans le précis qui se trouve à la fin de l’ouvrage (Mackinder, 1919, 270). </p>

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		<title>La configuration mondiale selon Mackinder: l’Île mondiale et de ses satellites (1919)</title>
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		<pubDate>Sun, 09 Sep 2012 19:00:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pascal Venier</dc:creator>
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		<category><![CDATA[géostratégie]]></category>
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		<description><![CDATA[Cet billet fait partie d&#8217;une série sur La pensée géopolitique de Sir Halford J. Mackinder Si, en 1904, Mackinder développait son hypothèse du « pivot géographique de l’histoire », celle-ci disparaissait en 1919, le terme de pivot était ainsi complètement absent du texte. Mackinder proposait une lecture du monde bien différente. Envisageant le monde dans sa [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Cet billet fait partie d&#8217;une série sur <a href="http://www.pascalvenier.com/recherche/?p=357">La pensée géopolitique de Sir Halford J. Mackinder</a></p></blockquote>
<p>  Si, en 1904, Mackinder développait son hypothèse du « pivot géographique de l’histoire », celle-ci disparaissait en 1919, le terme de pivot était ainsi complètement absent du texte. Mackinder proposait une lecture du monde bien différente. Envisageant le monde dans sa globalité, au lendemain de la Grande Guerre, dans son chapitre sur « <i>le point de vue du marin</i> », Mackinder pensait qu’utiliser une carte ne serait pas pertinent, et même trompeur, car ce qu’il entendant représenter ne « <i>pouvait être apprécié que sur un globe</i> » et prenait le parti d’utiliser des diagrammes (Mackinder, 1919, 82). Il utilisait ainsi deux diagrammes, représentant chacun sous forme de cercles plus ou moins grands, respectivement la superficie relative des régions de l’Île mondiale et de ses satellites (dans ce cas l&#8217;Amérique du Nord, l’Amérique du Sud, la Malaisie et l’Australie) et la population relative de l&#8217;Île mondiale et de ses satellites (dans ce cas la Grande-Bretagne, l’Amérique du Nord, l’Amérique du Sud, le Japon, la Malaisie et l’Australie).
<p><strong>Figure 2. Cercles représentant la superficie relative de l’Île mondiale et de ses satellites</strong></p>
<p>(Mackinder, <i>Democratic Ideals and Reality</i>, p. 86)</p>
<p><strong>Figure 3. Cercles représentant la population relative de l’Île mondiale et de ses satellites</strong></p>
<p>(Mackinder, <i>Democratic Ideals and Reality</i>, p. 90)</p>
<p>Ce qu’il y a avait de profondément nouveau dans l’interprétation proposée par Mackinder en 1919 était qu&#8217;il pensait le monde à petite échelle comme consistant d’un ensemble d’îles d’importance variable. Pour lui, « <i>le Continent joint de l’Europe, de l’Asie et de l’Afrique, est désormais effectivement, et non plus seulement en théorie, une île</i> » (Mackinder, 1919, 81).  Autour de l’Île mondiale, à laquelle il attribuait une position centrale, gravitait une série de satellites, ainsi même « <i>l’Amérique du Nord et du Sud, faiblement connectées à Panama, sont en pratiques relativement l’un à l’autre, plus insulaire que péninsulaires</i> » (Mackinder, 1919, 84).</p>

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		<title>Le « monde sphérique » en 1943</title>
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		<pubDate>Sat, 08 Sep 2012 18:56:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pascal Venier</dc:creator>
				<category><![CDATA[geopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[géostratégie]]></category>
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		<description><![CDATA[Cet billet fait partie d&#8217;une série sur La pensée géopolitique de Sir Halford J. Mackinder S’efforçant de dresser un tableau du monde utile pour penser ce que les Américains appelaient désormais la Grande stratégie, Mackinder entendait esquisser dans « The Round World and the Winning of the Peace » une « image de la configuration du [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Cet billet fait partie d&#8217;une série sur <a href="http://www.pascalvenier.com/recherche/?p=357">La pensée géopolitique de Sir Halford J. Mackinder</a></p></blockquote>
<p>S’efforçant de dresser un tableau du monde utile pour penser ce que les Américains appelaient désormais la <em>Grande stratégie</em>, Mackinder entendait esquisser dans « The Round World and the Winning of the Peace » une « <em>image de la configuration du monde sphérique</em> » en définissant cinq concepts géographiques d’une importance essentielle. Le géographe britannique ne proposait toutefois pas de représentation du monde sous forme de carte, ni même de diagramme du monde. Une explication plausible est toutefois à trouver dans le titre même de l’article qui faisait référence au « <i>monde sphérique</i> » et est à rapprocher de l’argument qu’il développait en 1919, selon lequel ce qu’il voulait représenter ne pouvait être véritablement appréciées que sur un globe. </p>
<p>Mackinder décrivait cinq concepts géographiques essentiels. Tout d’abord, il mettait en exergue « <i>deux unités jumelles</i> », d’une importance tout à fait fondamentale, à savoir le <i>Heartland</i>, et « <i>le Midland Ocean, l’Atlantique nord, ainsi que ses mers bordières et bassins versants</i> » (Mackinder, 1943, 603). Celles-ci étaient entourées par une vaste « <i>ceinture de déserts et d’étendues sauvages</i> » qui s’étendait du Sahara à l’Ouest semi-aride des États-Unis, en passant par les déserts du d’Arabie, d’Iran, du Tibet et de Mongolie, puis la Sibérie centrale et orientale, l’Alaska et le bouclier canadien. Au delà de cette ceinture, il identifiait un « <i>monde extérieur (the Outer World), qui comprenait le Grand Océan, c&#8217;est-à-dire le Pacifique, l’Océan Indien et l’Atlantique sud) et leurs pays riverains</i> » (Mackinder, 1943, 603). Autour de l’Atlantique sud, se trouvaient ainsi « <i>les forêts tropicales humides de l’Amérique du Sud et de l’Afrique</i> » (Mackinder, 1943, 605).</p>
<p>Le géographe britannique Peter Taylor a souligné avec pertinence que dans cette représentation du monde, c’était l’Allemagne qui occupait désormais une position centrale (Taylor, 2002, 337). En effet, on doit bien observer que celle-ci est bien au centre de ces deux unités jumelles, dont Mackinder fixait les limites respectivement au Missouri et au fleuve Ienisseï. Mackinder considérait qu’il était souhaitable que l’Allemagne soit contrôlée par « <i>deux forts contrefort de puissance de chaque côté &#8211; puissance terrestre à l’Est, dans le Heartland, et puissance maritime à l’Ouest, dans le bassin de l’Atlantique Nord</i> » (Mackinder, 1943, 604). Il élaborait sur ses concepts en décrivant ces deux ensembles. Il faisait désormais coïncider les limites du <i>Heartland</i> avec celui du territoire soviétique à l’Ouest de l’Ienisseï et parlait d’« <i>Heartland russe</i> » (Mackinder, 1943, 599). Il ne manquait pas de souligner que « <i>si l’Union Soviétique sort de cette guerre comme le conquérant de l’Allemagne, elle devra être considérée comme la plus grande puissance terrestre du Monde. De plus, elle sera la puissance qui sera stratégiquement dans la position défensive la plus solide. Le Heartland est la plus grande forteresse naturelle sur terre. Pour la première fois dans l’histoire, elle est occupée par une garnison suffisante tant quantitativement que qualitativement</i> » (Mackinder, 1943, 601). Toutefois se gardait-il soigneusement, dans le contexte de la Grande Alliance, d’insister outre mesure sur la menace potentielle que pourrait représenter l’Union soviétique d’après-guerre. Mackinder décrivait également le bassin du <i>Midland Ocean</i>. dont les trois puissances qui avaient vocation à s’allier après la guerre, avaient chacune un rôle stratégique complémentaire (Mackinder, 1943, 601). Aux États-Unis revenaient un rôle de « défense en profondeur</i> » ; à la Grande-Bretagne, celui d’un « <i>bastion avancé entouré d’eau — un Malte à plus grande échelle</i> » ; la France, quant à elle, celui de « <i>tête de pont défendable</i> », un « <i>rôle non moins essentiel que les deux autres parce que la puissance maritime doit en dernier ressort être amphibie si elle veut contre-balancer la puissance terrestre </i>» (Mackinder, 1943, 601).</p>

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		<title>La méthode de Mackinder: The Geographical Pivot of History</title>
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		<pubDate>Mon, 27 Aug 2012 08:52:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pascal Venier</dc:creator>
				<category><![CDATA[geopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[géostratégie]]></category>
		<category><![CDATA[La Pensée géopolitique de Mackinder]]></category>
		<category><![CDATA[Mackinder]]></category>
		<category><![CDATA[Notes de recherche]]></category>

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		<description><![CDATA[Il est utile de s’arrêter sur la méthode employée par Mackinder dans ses écrits géopolitiques. En 1904, il considérait que l’ère des explorations étant désormais pratiquement terminée, une des priorité pour la Géographie était d&#8217;entreprendre des «synthèses philosophiques.» Aussi se risquait-il à un exercise de ce type, en se fixant pour objectif de «rechercher une [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Il est utile de s’arrêter sur la méthode employée par Mackinder dans ses écrits géopolitiques. En 1904, il considérait que l’ère des explorations étant désormais pratiquement terminée, une des priorité pour la Géographie était d&#8217;entreprendre des «synthèses philosophiques.»<sup>[<a href="#la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-1" class="footnoted" id="to-la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-1">1</a>]</sup> Aussi se risquait-il à un exercise de ce type, en se fixant pour objectif de «rechercher une formule qui exprimera certains aspects, au moins, de la causalité géographique dans l’Histoire universelle.»<sup>[<a href="#la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-2" class="footnoted" id="to-la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-2">2</a>]</sup>. Il espérait qu&#8217;une telle formule aurait «un intérêt pratique en [...] permettant de mettre en perspective quelques-unes des forces rivales dans les relations internationales d’aujourd’hui.»<sup>[<a href="#la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-3" class="footnoted" id="to-la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-3">3</a>]</sup> Son objectif était ainsi «d’exposer l’Histoire humaine car un élément de la vie de l’organisme mondial  […] l’Homme et non la nature prends l’initiative, mais la nature dans une large mesure contrôle. C’est le contrôle physique général, plus que sur les causes de l’histoire universelle, qui m’intéresse.»<sup>[<a href="#la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-4" class="footnoted" id="to-la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-4">4</a>]</sup> </p>
<p>Au cours de la pensée de Mackinder se trouve une conception organiciste de l’Histoire, «reposant sur un concept de la pression externe stimulate. Mackinder entendait accorder une attention toute particulière était reservé au type de “pression [...] stimulante», qui faisait prendre conscience de la «nécessité commune de résister à une force extérieure.»<sup>[<a href="#la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-5" class="footnoted" id="to-la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-5">5</a>]</sup> Dans le <i>Geographical Pivot of History</i>, il réagissait ainsi «la conception littéraire de l’Histoire, en dirigeant son attention sur les idées et les civilisations qui sont leur produit, a tendance à perdre de vue les mouvements plus élémentaires dont la pression est souvent à l’origine des efforts dont les grandes idées se nourrissent.» Il en était ainsi tant pour les nations, «Les idées dont émerge une nation, par opposition à une simple foule de créatures humaines, sont en règle générale acceptées sous l’effet d’épreuves endurées en commun et à cause de la nécessité commune d’une résistance commune à la force extérieure.»<sup>[<a href="#la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-6" class="footnoted" id="to-la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-6">6</a>]</sup>.  il se proposait donc de «décrire ces caractéristiques géographiques du monde qui [...] ont eu l’influence la plus contraignante sur l’action des hommes»<sup>[<a href="#la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-9" class="footnoted" id="to-la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-9">9</a>]</sup>, ce qui permettait mettre en évidence «une certaine persistance de relations géographiques. »<sup>[<a href="#la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-10" class="footnoted" id="to-la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-10">10</a>]</sup> En ce qui concertait les «plus importantes généralisations historiques», il se proposait de «présenter certaines des phases principales de l’Histoire telle qu’organiquement connectées» avec «les caractéristiques géographiques du monde qui [...] ont eu l’influence la plus contraignante sur l’action des hommes», «même en des temps où elles n’étaient pas connues de la géographie.»<sup>[<a href="#la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-11" class="footnoted" id="to-la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-11">11</a>]</sup> Pour cela Mackinder se proposait de «rapidement passer les revue les courants les plus large de l’histoire»<sup>[<a href="#la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-12" class="footnoted" id="to-la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-12">12</a>]</sup>. Considérant que «la balance actuelle de la puissance politique», était le produit d&#8217;une part des «geographical quantities», et des [quantities] humaines.<sup>[<a href="#la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-13" class="footnoted" id="to-la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-13">13</a>]</sup> Il considérait que les premières, ces «conditions géographiques, tant économiques que stratégiques» étaient, «à peu près constantes», alors que les quantities humaines, étaient variables, en fonction du «nombre relatif, de la virilité, et de l&#8217;organisation des peuples en compétition», commentant au passage que «les mouvements sociaux de tous les temps ont joués autour ce qui sont pour l&#8217;essentiel les mêmes traits physiques.<sup>[<a href="#la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-14" class="footnoted" id="to-la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-14">14</a>]</sup></p>

<ol class="footnotes">
	<li class="footnote" id="la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-1"><strong><sup>[1]</sup></strong> Halford J. Mackinder, «The geographical pivot of history», <i>The Geographical Journal</i>, vol. 23, 1904, p. 421 <a class="note-return" href="#to-la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-1">&#x21A9;</a></li>
	<li class="footnote" id="la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-2"><strong><sup>[2]</sup></strong> Ibidem, p. 422 <a class="note-return" href="#to-la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-2">&#x21A9;</a></li>
	<li class="footnote" id="la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-3"><strong><sup>[3]</sup></strong> Ibid., p. 422 <a class="note-return" href="#to-la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-3">&#x21A9;</a></li>
	<li class="footnote" id="la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-4"><strong><sup>[4]</sup></strong> Ibid., p. 422 <a class="note-return" href="#to-la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-4">&#x21A9;</a></li>
	<li class="footnote" id="la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-5"><strong><sup>[5]</sup></strong> Ibid., p. 428 et 423 <a class="note-return" href="#to-la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-5">&#x21A9;</a></li>
	<li class="footnote" id="la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-7"><strong><sup>[7]</sup></strong>  <a class="note-return" href="#to-la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-7">&#x21A9;</a></li>
	<li class="footnote" id="la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-8"><strong><sup>[8]</sup></strong>  <a class="note-return" href="#to-la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-8">&#x21A9;</a></li>
	<li class="footnote" id="la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-6"><strong><sup>[6]</sup></strong> Ibid., pp. 422-423</ref]. Mais il en était aussi de même pour les civilisations: «Une personnalité honnie remplit une fonction sociale appréciable en faisant l’unité parmi ses ennemis et c’est sous la pression de la barbarie extérieure que l’Europe parvint à construire sa civilisation. Je vous demanderai par conséquent de considérer pour un moment que l’Europe et l’Histoire européenne sont subordonnées à l’Asie et à l’Histoire asiatique, car la civilisation européenne est, d’une manière très concrète, le résultat de la lutte séculaire contre l’invasion asiatique.» (<sup>[<a href="#la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-7" class="footnoted" id="to-la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-7">7</a>]</sup>Ibid., p. 423</ref] </p>
<p>Il entendait «de tenter, de manière relativement complète, une corrélation entre les plus larges généralisations géographiques et généralisations historiques.»<sup>[<a href="#la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-8" class="footnoted" id="to-la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-8">8</a>]</sup>Ibidem, p. 422. <a class="note-return" href="#to-la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-6">&#x21A9;</a></li>
	<li class="footnote" id="la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-9"><strong><sup>[9]</sup></strong> Ibid., p. 422 <a class="note-return" href="#to-la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-9">&#x21A9;</a></li>
	<li class="footnote" id="la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-10"><strong><sup>[10]</sup></strong> Ibid., p. 434 <a class="note-return" href="#to-la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-10">&#x21A9;</a></li>
	<li class="footnote" id="la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-11"><strong><sup>[11]</sup></strong> Ibid., p. 422. <a class="note-return" href="#to-la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-11">&#x21A9;</a></li>
	<li class="footnote" id="la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-12"><strong><sup>[12]</sup></strong> Ibid., p. 434. <a class="note-return" href="#to-la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-12">&#x21A9;</a></li>
	<li class="footnote" id="la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-13"><strong><sup>[13]</sup></strong> Ibid., p. 437 <a class="note-return" href="#to-la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-13">&#x21A9;</a></li>
	<li class="footnote" id="la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-14"><strong><sup>[14]</sup></strong> Ibid., p. 437 <a class="note-return" href="#to-la-methode-de-mackinder-the-geographical-pivot-of-history-n-14">&#x21A9;</a></li></ol>
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		<title>La trilogie du Heartland: élements de discontinuité</title>
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		<pubDate>Tue, 17 Jul 2012 09:14:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>pascalvenier</dc:creator>
				<category><![CDATA[geopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[géostratégie]]></category>
		<category><![CDATA[La Pensée géopolitique de Mackinder]]></category>
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		<description><![CDATA[Au delà de ces constantes dans la pensée géopolitique de Mackinder, deux éléments de discontinuité, pourtant tout à fait fondamentaux, méritent d&#8217;être soulignés. Il convient tout d’abord de prendre du recul et de ne pas perdre de vue que si dans chacun des éléments de son triptyque géopolitique, Mackinder se propose d’analyser la politique mondiale à [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Au delà de ces constantes dans la pensée géopolitique de Mackinder, deux éléments de discontinuité, pourtant tout à fait fondamentaux, méritent d&#8217;être soulignés. Il convient tout d’abord de prendre du recul et de ne pas perdre de vue que si dans chacun des éléments de son triptyque géopolitique, Mackinder se propose d’analyser la politique mondiale à un moment historique donné, les prismes qu’il utilise pour se faire, sont bien différents. C’est là une réalité fondamentale, mais pourtant bien étrangement escamoté par les exégètes de Mackinder. Il importe donc bien d&#8217;être conscient du <b>jeu des échelles</b> qui est à l&#8217;oeuvre. Le &#8220;Geographical Pivot of History&#8221; marque véritablement un moment épistémologique, dans le sens que Mackinder est le premier, ou à tout le moins l’un des tous premiers, à envisager le monde véritablement dans sa globalité. Mackinder avançait non pas une thèse, mais bien une « hypothèse de travail » extrêmement ambitieuse, puisqu’il était à la recherche d’une formule explicative qui ne visait rien de moins qu’expliquer l’histoire universelle. Si nombre d’auteurs mettent l’accent sur les continuités entre l&#8217;article de 1904 et <i>Democratic Ideals and Reality</i>, il n’en reste pas moins que Mackinder passait bel et bien d’une approche véritablement globale à une approche centrée sur la <em>Grande Île mondiale</em>. Mackinder, tout en restant conscient de la globalité, pense désormais essentiellement le monde en terms européens, mais aussi moyen-orientaux. Ceci s&#8217;explique très facilement par le fait que ces régions étaient les plus sensibles qui devaient être âprement à la conférence de Paris. S’intéresser désormais essentiellement à l’Île-mondiale, aboutissait à perdre la perspective globale qui faisait la grande originalité de son hypothèse profondément originale de 1904, mais ceci s&#8217;expliquait également par le soucis de ne pas mettre l&#8217;accent sur la transition géopolitique qui s&#8217;était accomplie pendant la grande guerre et qui avait abouti à la montée de la puissance américaine au dépend de la puissance britannique en termes d&#8217;influence.<sup>[<a href="#la-trilogie-du-heartland-elements-de-discontinuite-n-1" class="footnoted" id="to-la-trilogie-du-heartland-elements-de-discontinuite-n-1">1</a>]</sup> Dans <em>The Round World and the Winning of the Peace</em>, le focus de l’article est cette fois-ci le monde nord atlantique et sa périphérie. Si Mackinder envisage la situation telle qu’elle se présentait en pleine seconde guerre mondiale, il s’intéressait essentiellement à la question de la guerre en Europe, n’envisageant pas véritablement la guerre dans sa dimension mondiale et centrant son analyse sur la question de la lutte contre l’Allemagne et de la politique à adopter une fois celle-ci vaincue pour éviter une bonne fois pour toute la résurgence d’une puissance expansionniste en Europe centrale.</p>
<p>La distinction entre centre et périphérie est on ne peut plus cruciale dans le raisonnement de Mackinder. Il convient toutefois de ne pas perdre du vue que la région géographique à laquelle il assigne une telle centralité varie considérablement entre les trois textes. En 1904, la zone-pivot occupait on ne peu plus clairement une position de centralisé. Une lecture attentive de Democratic Ideals and Reality révèle d’ailleurs, fait qui a échappé jusqu’à maintenant à tous les exégètes de l’oeuvre de Mackinder, qu’il n’est en fait nulle part question de la centralité de cette région dans la politique mondiale, que se soit explicitement ou bien même implicitement. Tout au contraire, Mackinder attribue-t-il un rôle de centralité à une autre région, à savoir ce qu’il appelle l’Arabie, encore « Arabian Centerland » (Terre centrale arabe)<sup>[<a href="#la-trilogie-du-heartland-elements-de-discontinuite-n-2" class="footnoted" id="to-la-trilogie-du-heartland-elements-de-discontinuite-n-2">2</a>]</sup>, terme par lequel Mackinder désigne un espace que nous désignerions de nos jours sous le nom de Moyen-Orient. L’Arabie centre de la Grande Île, elle-même occupant une position centrale dans la géographie mondiale, assume désormais une fonction de centralité. <sup>[<a href="#la-trilogie-du-heartland-elements-de-discontinuite-n-3" class="footnoted" id="to-la-trilogie-du-heartland-elements-de-discontinuite-n-3">3</a>]</sup> La périphérie est indéniablement marginalisé dans l&#8217;analyse de Mackinder, dans Democratic Ideals. Dans &#8220;The Round World and the Winning of the Peace&#8221; c&#8217;était désormais le Middle Ocean qui occupait cette position centrale.</p>

<ol class="footnotes">
	<li class="footnote" id="la-trilogie-du-heartland-elements-de-discontinuite-n-1"><strong><sup>[1]</sup></strong> Renvoyons sur ce point à la lumineuse synthèse de Keith Wilson. <a class="note-return" href="#to-la-trilogie-du-heartland-elements-de-discontinuite-n-1">&#x21A9;</a></li>
	<li class="footnote" id="la-trilogie-du-heartland-elements-de-discontinuite-n-2"><strong><sup>[2]</sup></strong>  Soulignons comment ce concept complètement passé inaperçu jusqu’à maintenant car il n’est pas employé dans le texte même de l’ouvrage, mais seulement dans sa table des matières. <a class="note-return" href="#to-la-trilogie-du-heartland-elements-de-discontinuite-n-2">&#x21A9;</a></li>
	<li class="footnote" id="la-trilogie-du-heartland-elements-de-discontinuite-n-3"><strong><sup>[3]</sup></strong> Mackinder, op. cit., p. 114-115. <a class="note-return" href="#to-la-trilogie-du-heartland-elements-de-discontinuite-n-3">&#x21A9;</a></li></ol>
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		<title>Mackinder : d’Oxford à Londres (1899-1908)</title>
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		<pubDate>Mon, 02 Jul 2012 07:34:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pascal Venier</dc:creator>
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		<category><![CDATA[géostratégie]]></category>
		<category><![CDATA[La Pensée géopolitique de Mackinder]]></category>
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		<description><![CDATA[Cet billet fait partie d&#8217;une série sur La pensée géopolitique de Sir Halford J. Mackinder En 1895, Mackinder a été un des fondateurs de la London School of Economics and Political Sciences (LSE), créée sur le modèle de l’École libre des Sciences politiques de Paris, dans le but d’introduire les sciences sociales dans l’enseignement supérieur [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Cet billet fait partie d&#8217;une série sur <a href="http://www.pascalvenier.com/recherche/?p=357">La pensée géopolitique de Sir Halford J. Mackinder</a></p></blockquote>
<p>En 1895, Mackinder a été un des fondateurs de la <i>London School of Economics and Political Sciences</i> (LSE), créée sur le modèle de l’École libre des Sciences politiques de Paris, dans le but d’introduire les sciences sociales dans l’enseignement supérieur britannique afin de promouvoir l&#8217;<i>Efficience nationale</i> britannique. Placé à la tête de la LSE de 1903 à 1908, Mackinder s’efforça non seulement de mieux intégrer celle-ci à la structure fédérale de l’Université de Londres, mais de plus d’élargir l’enseignement des sciences sociales, en particulier en développant l’enseignement de la sociologie, de l’anthropologie et de la géographie (Blouet, 1986, 129). Il travailla à développer des programmes d’enseignement répondant aux besoins pratiques de certains secteurs privés, tels que les banques, les chemins de fer et les assurances, mais aussi de départements ministériels tels que l’<i>India Office</i> et le <i>War Office</i>.</p>
<p>Sur un plan politique, cette période fut marquée par la conversion unioniste de Mackinder. Membre actif du parti libéral depuis sa jeunesse, il était particulièrement sensible à la thématique de la réforme sociale. Lors de la scission intervenue au sein du parti libéral pendant la guerre des Boers, Mackinder avait rejoint les rangs des Libéraux impérialistes, qui à la suite de Roseberry se considéraient « <i>libéraux en politique intérieure</i> » et « <i>impérialistes dans les questions étrangères et impériales</i> » et soutenaient la politique du gouvernement conservateur en Afrique du Sud (Jacobson, 1973, 88). Il s’était d&#8217;ailleurs même présenté sans succès aux élections législatives de 1900 sous cette étiquette. Les positions de Mackinder sur la question du régime douanier changèrent radicalement entre 1902 et 1903. La conversion de celui qui était jusqu&#8217;alors un ardent libre-échangiste au protectionnisme impérial le conduisit à quitter le parti libéral pour rejoindre les rangs des Libéraux unionistes, alliés des Conservateurs. Mackinder eût tôt fait de devenir très actif au sein de l’<i>Imperial Unity Group</i> de Lord Milner, qui de retour d’Afrique du Sud, s’efforçait de promouvoir l’idée impériale et la réorganisation de la machine politique qu&#8217;il jugeait nécessaire à sa survie (Gollin, 1964, 101-121). Mackinder abandonna la direction de la LSE en 1908 pour se consacrer à plein temps aux activités de propagande impériale et chercher à se faire élire au parlement. </p>
<p>Trois temps forts ressortent de son activité de géographe pendant cette période. Tout d’abord, à partir de 1897, Mackinder assura la direction d’une collection en 10 volumes intitulée <i>The Regions of the World</i>, qu&#8217;il avait conçue et qui avait vocation à former une géographie universelle (Blouet, 1986, 131). Mackinder se chargea lui-même de la rédaction de Britain and the British Seas (Mackinder, 1902). Cette belle synthèse, publiée, faisait figure de modèle du genre en son temps et devait faire date. L’intérêt de Mackinder pour les questions stratégiques y transparaissait clairement puisqu’il traitait de géographie stratégique dans deux des chapitres de cet ouvrage. Par la suite, le 25 Janvier 1904, quelques semaines avant le début de la guerre russo-japonaise, Mackinder, prononça une importante communication  sur « Le pivot géographique de l&#8217;histoire » devant la <i>Royal Geographical Society</i> de Londres, qui fut bientôt publiée sous forme d’article par le très prestigieux <i>Geographical Journal</i> (Mackinder, 1904). Cette publication marquait véritablement un moment épistémologique, dans le sens que Mackinder était le premier, ou à tout le moins l’un des tout premiers, à envisager les relations internationales dans leur globalité. Finalement, de 1911 à 1914 Mackinder publia <i>Mackinder&#8217;s Geographical and Historical Studies</i>, une collection de 6 manuels d’histoire-géographie destinée aux élèves de l’enseignement secondaire, accompagnée d’un volume destiné aux enseignants.<br />

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