Cet billet fait partie d’une série sur La pensée géopolitique de Sir Halford J. Mackinder
En 1895, Mackinder a été un des fondateurs de la London School of Economics and Political Sciences (LSE), créée sur le modèle de l’École libre des Sciences politiques de Paris, dans le but d’introduire les sciences sociales dans l’enseignement supérieur britannique afin de promouvoir l’Efficience nationale britannique. Placé à la tête de la LSE de 1903 à 1908, Mackinder s’efforça non seulement de mieux intégrer celle-ci à la structure fédérale de l’Université de Londres, mais de plus d’élargir l’enseignement des sciences sociales, en particulier en développant l’enseignement de la sociologie, de l’anthropologie et de la géographie (Blouet, 1986, 129). Il travailla à développer des programmes d’enseignement répondant aux besoins pratiques de certains secteurs privés, tels que les banques, les chemins de fer et les assurances, mais aussi de départements ministériels tels que l’India Office et le War Office.
Sur un plan politique, cette période fut marquée par la conversion unioniste de Mackinder. Membre actif du parti libéral depuis sa jeunesse, il était particulièrement sensible à la thématique de la réforme sociale. Lors de la scission intervenue au sein du parti libéral pendant la guerre des Boers, Mackinder avait rejoint les rangs des Libéraux impérialistes, qui à la suite de Roseberry se considéraient « libéraux en politique intérieure » et « impérialistes dans les questions étrangères et impériales » et soutenaient la politique du gouvernement conservateur en Afrique du Sud (Jacobson, 1973, 88). Il s’était d’ailleurs même présenté sans succès aux élections législatives de 1900 sous cette étiquette. Les positions de Mackinder sur la question du régime douanier changèrent radicalement entre 1902 et 1903. La conversion de celui qui était jusqu’alors un ardent libre-échangiste au protectionnisme impérial le conduisit à quitter le parti libéral pour rejoindre les rangs des Libéraux unionistes, alliés des Conservateurs. Mackinder eût tôt fait de devenir très actif au sein de l’Imperial Unity Group de Lord Milner, qui de retour d’Afrique du Sud, s’efforçait de promouvoir l’idée impériale et la réorganisation de la machine politique qu’il jugeait nécessaire à sa survie (Gollin, 1964, 101-121). Mackinder abandonna la direction de la LSE en 1908 pour se consacrer à plein temps aux activités de propagande impériale et chercher à se faire élire au parlement.
Trois temps forts ressortent de son activité de géographe pendant cette période. Tout d’abord, à partir de 1897, Mackinder assura la direction d’une collection en 10 volumes intitulée The Regions of the World, qu’il avait conçue et qui avait vocation à former une géographie universelle (Blouet, 1986, 131). Mackinder se chargea lui-même de la rédaction de Britain and the British Seas (Mackinder, 1902). Cette belle synthèse, publiée, faisait figure de modèle du genre en son temps et devait faire date. L’intérêt de Mackinder pour les questions stratégiques y transparaissait clairement puisqu’il traitait de géographie stratégique dans deux des chapitres de cet ouvrage. Par la suite, le 25 Janvier 1904, quelques semaines avant le début de la guerre russo-japonaise, Mackinder, prononça une importante communication sur « Le pivot géographique de l’histoire » devant la Royal Geographical Society de Londres, qui fut bientôt publiée sous forme d’article par le très prestigieux Geographical Journal (Mackinder, 1904). Cette publication marquait véritablement un moment épistémologique, dans le sens que Mackinder était le premier, ou à tout le moins l’un des tout premiers, à envisager les relations internationales dans leur globalité. Finalement, de 1911 à 1914 Mackinder publia Mackinder’s Geographical and Historical Studies, une collection de 6 manuels d’histoire-géographie destinée aux élèves de l’enseignement secondaire, accompagnée d’un volume destiné aux enseignants.

[...] 2. 1899-1910 [...]