La configuration mondiale selon Mackinder: «Les sièges naturels de la puissance» (1904)

Cet billet fait partie d’une série sur La pensée géopolitique de Sir Halford J. Mackinder

En 1904, Mackinder conduisait une interprétation du système international basée sur son hypothèse de travail du pivot géographique de l’Histoire. Une carte des Sièges naturels de la puissance était proposée, non seulement à l’appui de l’argument qu’il développait, mais véritablement comme une partie intégrale de celui-ci (Figure 1).

Figure 1. Les Sièges naturels de la puissance

(d’après H.J. Mackinder, « The geographical pivot of history », p. 435.)

Une première réalité politique fondamentale pour Mackinder était la « région pivot de la politique mondiale », c’est-à-dire la « vaste aire [centrale] de l’Euro-Asie qui est inaccessible aux navires, mais qui dans l’Antiquité se trouvait ouverte aux cavaliers nomades, et qui aujourd’hui est sur le point d’être couvert par un réseau de chemins de fer » (Mackinder, 1904, 432 et 434). Il considérait que la Russie remplaçait l’Empire mongol, sa pression sur la Finlande, la Scandinavie, la Pologne , la Turquie, la Perse, l’Inde et la Chine rappelant les « raides centrifuges des hommes de la steppe ». Mackinder affirmait de plus que la Russie occupait, à l’échelle mondiale, la position stratégique centrale que tenait l’Allemagne en Europe : « Elle [la Russie] peut lancer des attaques, mais aussi être attaquée, de tous les côtés, à part le Nord » (Mackinder, 1904, 436). Cependant, grâce au développement rapide de son système ferroviaire, la Russie était en voie, selon lui, d’acquérir une mobilité qui lui permettrait à terme de s’étendre sur les marges de l’Euro-Asie et d’obtenir ainsi accès aux ressources nécessaires pour la construction d’une flotte. Le renversement de l’équilibre de la puissance qui en résulterait rendrait possible la réalité d’un « empire du monde », dans la mesure où la Russie choisirait de s’allier à l’Allemagne (Mackinder, 1904, 436-437). Toutefois, l’argument principal de Mackinder tournait autour de la notion d’état-pivot indépendamment des acteurs impliqués : « Les combinaisons particulières de puissances entrant dans la balance importent peu; mon argument est que d’un point de vue géographique elles graviteront probablement autour de l’état-pivot, qui sera toujours vraisemblablement étendu, mais avec une mobilité limité, en comparaison des puissances périphériques et insulaires qui l’entourent » (Mackinder, 1904, 436-437).

Figure 1. Les Sièges naturels de la puissance

(d’après H.J. Mackinder, « The geographical pivot of history », p. 435.)

Autour de la zone pivot, sur les marges de l’Euro-Asie, se trouvait une zone périphérique que Mackinder qualifiait de « croissant intérieur ou marginal » (Mackinder, 1904, 431). Ce croissant était composé de quatre régions distinctes : l’Europe, les pays de la mousson – Indes et Asie du Sud-Est, et ce qu’il appelle la « terre des Cinq Mers » ou encore  « l’Orient le plus proche (Nearer East) », en d’autre mots l’Asie du Sud-Ouest. Il soulignait que si celle-ci « procède dans une certaine mesure à la fois des caractéristiques de la zone marginale et la zone centrale de l’Euro-Asie [...] propice aux opérations des nomades [...] c’est toutefois son caractère marginal qui prédomine, ses golfes maritimes, et ses fleuves se jetant dans l’Océan, l’exposant à la puissance maritime, et fournissent une base à celle-ci » (Mackinder, 1904, 431).

Mackinder considérait qu’une seconde réalité fondamentale était « l’Océan, unique et continu, entourant toutes les terres divisées et insulaires ». C’était en effet, pour lui, la condition géographique qui permettait éventuellement la maîtrise des mers et sur laquelle reposait l’ensemble de la stratégie et des politiques navales de l’époque telles qu’énoncées par Mahan et Wilkinson (Mackinder, 1904, 431). Ainsi, la Grande-Bretagne, le Canada, les États-Unis, l’Afrique du Sud, l’Australie et le Japon formaient-ils un « anneau de bases extérieures et insulaires pour la puissance maritime et le commerce, inaccessible à la puissance continentale de l’Euro-Asie » (Mackinder, 1904, 436). Évoquant la balance de la puissance au moment où il écrivait, Mackinder notait qu’ « à l’extérieur de la zone pivot, dans un grand croissant intérieur, se trouvent l’Allemagne, l’Autriche, la Turquie, l’Inde et la Chine et dans un croissant extérieur, la Grande-Bretagne, l’Afrique du Sud, l’Australie, les États-Unis, le Canada et le Japon » (Mackinder, 1904, 432-3). Il allait reprendre cette idée de cercles concentriques pour représenter le centre et la périphérie et la pousser un peu plus loin dans ses écrits de 1919, mais en utilisant des concepts et des termes différents.

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